Il faut prendre le taureau par les contes !

Contes de village

N/D

Depuis quelque temps, parmi les responsabilités municipales qu’on refilait à Babine, il y avait celle d’allumer les lumières de rues.
(Comme on n’avait pas le courant électrique, on s’était patenté un système palliatif. – C’est Dièse qui avait pensé ça avant de s’en aller. – Depuis des années, ça prenait quelqu’un pour passer par les rues puis allumer un par un les réverbères à huile qui pendaient aux branches des épinettes longeant les routes.)
Entre chien et loup, tous les soirs, Babine parcourait le village. On l’entendait venir, au son de la ruine-babines qu’il portait à sa bouche pour siffloter des airs semblables à des berceuses. C’est lui qui installait le soir sur mon village, tout doucement, en transmettant la flammèche aux lanternes.
Babine savait le tour, en jouant avec la longueur des mèches, de faire une lumière tamisée. En plus de coûter moins cher d’huile aux contribueux, ça permettait de garder la lueur des étoiles puis de la lune toute la nuit durant.
Parfois, pendant sa marche, au son de la musique à bouche, Babine voyait les gens sortir sur leur galerie pour le saluer.
— Ça nous prendrait la lune, Babine, juste au-dessus du village, pour nous éclairer.
— Ah ! Oui ! Décrocher la lune…
Chaque soir, depuis des mois, ça manquait pas. Même par les grands frets, notre fou remplissait sa tâche..
— Ça nous prendrait la lune, juste au-dessus du village.
— Ah ! Oui ! Décrocher la lune…

Les contes de Fred Pellerin ont ceci de particulier qu’ils sont véridiques, en général... ceux-ci dévoilent l’âme de Babine, le fou du village. Des découpures de journées, des légendes en pièces, qui se cousent et secouent pour donner à voir une histoire qui en dit long sur un homme qui avait le dos large.

Il faut prendre le taureau par les cornes a inspiré le film Babine, réalisé par Luc Picard, en 2006. Cliquez ici pour voir la bande-annonce.

Livre avec CD

136 pages
ISBN: 
2-922528-36-7
Année de publication : 
2003
Pellerin, Fred