Sacré chœur de Gilgamesh – Grand Prix Charles Cros 2019

Le 16 janvier, au Théâtre Traversière à Paris, avait lieu la remise des Grands Prix du disque de l’Académie Charles Cros. L’Académie Charles Cros, créée en 1947 en hommage au poète et pionnier de l’enregistrement sonore du même nom, est composée de critiques amateurs de musique, de théâtre et de poésie. Les Grands Prix récompensent chaque année des CD et des livres-CD dans plusieurs catégories, telles que « Jazz », « Opéra » ou « Disques pour enfants ».

Une cérémonie particulière pour Planète rebelle donc, puisque Sacré chœur de Gilgamesh, de Nadine Walsh, y était lauréat ex-aequo du Grand Prix dans la catégorie «Parole enregistrée et création sonore». Cette catégorie, un peu à part dans un palmarès essentiellement musical, vise les disques dans lesquels la parole prédomine. Il s’agit d'une rare et formidable reconnaissance du travail des journalistes, des comédiennes et comédiens, mais également, comme cette année, de celui des conteuses et conteurs.

C’est la première fois qu’un livre-CD de Planète rebelle y est récompensé.

Adèle Tourte était présente pour y lire une lettre de Nadine Walsh qui était alors retenue à Montréal. Voici la lettre reproduite : 

Mesdames, Messieurs, 

D’abord, veuillez pardonner mon absence, je ne peux être avec vous aujourd’hui, car des engagements me retiennent à Montréal. 

Mais sachez que je suis très touchée et encore troublée par cet honneur inespéré. L’Épopée de Gilgamesh a été gravée sur des tablettes d’argile, il y a plus de 4000 ans. Charles Cros a gravé des sons sur des disques de métal, il y a environ 150 ans. Planète rebelle a gravé Sacré chœur de Gilgamesh sur CD, il y a un an. Ce prix restera gravé sur mon cœur à jamais. 

Nous sommes des nains sur des épaules de géants. Moi, je suis une puce sur l’épaule d’un titan. Car titanesque est l’œuvre de l’assyriologue Jean Bottéro, qui a traduit de l’akkadien l’Épopée de Gilgamesh. À travers sa présentation, ses notes et ses commentaires, on sent tout son amour et son respect pour cette civilisation, ces femmes et ces hommes d’un autre temps. Il faut l’entendre raconter, avec son merveilleux accent du sud, Lorsque les dieux faisaient l’homme, où il est question de « la grève des dieux », aux Éditions Gallimard, dans la série « À voix haute» . Quand l’archaïque côtoie le moderne ! 

C’est donc à partir de l’ouvrage de Jean Bottéro, L’Épopée de Gilgamesh. Le grand homme qui ne voulait pas mourir, que j’ai adapté le texte en tentant de rester au plus près de l’œuvre. Cependant, la fragilité des tablettes d’argile a réduit en poussières des fragments de l’épopée. Ce n’est pas sans vertige que j’ai tissé certains passages afin de reconstituer la trame du récit. Et c’est avec déchirement que j’ai sacrifié des scènes entières pour en faire une version condensée. 

Quant à la mise en forme, je ne suis pas seule à porter ce monument. Aussi, je tiens à souligner l’apport remarquable de mes collaborateurs : Michel Faubert pour les arrangements vocaux ; Michel LeveSque, assistant à la mise en scène et « chef de chœur » ; les interprètes Jean-Sébastien Bernard et Franck Sylvestre qui ont joint leurs voix à la mienne ; et enfin, mon homme de cœur, Thierry Calatayud, qui a accepté que Gilgamesh s’immisce dans notre couple à toute heure du jour et de la nuit, pendant les longs mois de création ! 

Je remercie Marie-Fleurette Beaudoin et toute l’équipe des Éditions Planète rebelle qui nous ont permis de transmettre ce texte millénaire. Et enfin, merci au jury de l’Académie d’avoir prêté l’oreille et apprécié notre adaptation de cette œuvre phare qui nous éclaire et nous remue encore aujourd’hui.

Nous, hommes, femmes, riches, pauvres, Orientaux, Occidentaux qui, un jour, serons tous réunis dans les bras de la Mort. En terminant, je vous laisse avec les mots de la Tavernière qui s’adresse à Gilgamesh, en quête d’immortalité : 

Jouis de ce qui t’est donné.
Mange, bois, danse, joue, sois joyeux, nuit et jour.
Que tes vêtements soient propres, lave ta tête et baigne-toi.
Cajole l’enfant qui te tient la main, réjouis la femme dans tes bras.
C’est pour cela et pour rien d’autre que tu es né ! 

Merci infiniment ! 

Nadine Walsh
 

 

Lettre pour la remise du prix Charles Cros
Mange, bois, danse, joue,
sois joyeux, nuit et jour.
Que tes vêtements soient propres,
lave ta tête et baigne-toi.
Cajole l’enfant qui te tient la main,
réjouis la femme dans tes bras.
C’est pour cela et pour rien d’autre que tu es né !
Merci infiniment !
Nadine Wals
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