Rencontre avec Johanne Marie Tremblay, la « voix » de L’amélanchier

Johanne Marie Tremblay offre sa voix à Tinamer de Portanqueu. L’héroïne de L’amélanchier, une femme d’une cinquantaine d’années, raconte sa petite enfance.

Premières lectures
« Dès ma première lecture de l’adaptation de L’amélanchier par Denis Côté, j’ai eu l’impression d’entrer dans un univers très riche et profondément poétique. J’ai tout de suite su que raconter cette histoire me demanderait beaucoup de préparation. Je sentais aussi que toute cette poésie foisonnante devait être lue avec la plus grande simplicité. »

Cette histoire relate les souvenirs d’une fillette qui, devenue femme, choisit de raconter le monde de son enfance et les rapports qu’elle entretenait avec son père… Son père qui, on le devine, n’est autre que Jacques Ferron lui-même, l’auteur du livre ! Cet homme dédie son œuvre à sa fille, Martine. Il lui donne le rôle principal et nomme son héroïne du même prénom, transformé par un anagramme : Tinamer !

Johanne Marie Tremblay s’est plongée, matins après soirs, soirs après matins, dans une lecture approfondie du texte, le répétant doucement, laissant les phrases, les ambiances, l’enfance de Tinamer imprégner son interprétation. Ce processus d’appropriation est en tout point parallèle au vécu de Denis Côté durant son travail d’adaptation (voir article blogue Planète rebelle L’amélanchier vu par Denis Côté).

Dans la toute première partie, intitulée «Prélude», Tinamer, adulte, parle des lieux du quotidien qui lui semblent étrangers, où elle se sent parfois «perdue et désorientée»… «Perdue et désorientée», c’est bien ainsi que se sentait Johanne Marie Tremblay quand elle a lu pour la première fois cette adaptation dense, riche en références, touffue comme «le bois enchanté» situé derrière la maison de Tinamer.

« Il a vraiment fallu que j’apprivoise L’amélanchier comme un pays que je découvrais, un pays étranger. Je suis entrée dans cet univers magique, dans ce conte pour enfants inhabituel, étrange, et aujourd’hui, je me sens privilégiée d’avoir participé à cette aventure. Il ne s’agit pas d’un conte facile que l’on peut lire à haute voix en faisant une préparation classique. Ce texte a exigé d’être apprivoisé, j’ai dû me l’approprier pour que les images soient bien présentes et pour transmettre sa saveur aux enfants. J’ai consulté mes livres sur la faune et la flore québécoises, j’ai effectué des recherches sur Internet pour me familiariser avec tous les éléments naturels présents dans le texte… puis l’image de chaque arbre, de chaque oiseau, de chaque arbuste, de chaque lieu m’est apparue. J’ai écouté le chant des oiseaux, comme ceux du loriot et de la gélinotte huppée. Il me fallait apprivoiser les lieux où vit Tinamer et, bien sûr, tout l’imaginaire de Ferron. Je suis allée à la rencontre des personnages, de Dodgson ou Northrop. J’ai aussi vérifié le nom de famille d’Alice. Il a fallu que je me rafraîchisse la mémoire… À quoi ressemblent un gobelin, un farfadet, un griffon, un cyclope ? À quel public s’adresse ce texte, quel âge a la narratrice, quel âge a l’enfant ? »

Ce long travail de maturation était indispensable à la narratrice pour ressentir le texte sous ses moindres aspects pour, enfin, être prête à enregistrer. Tel est le chemin que Johanne Marie Tremblay a dû emprunter afin de s’orienter à travers la maison, le jardin et le bois enchanté de Jacques Ferron.

La sensibilité de Johanne Marie Tremblay et la puissance d’évocation des mots, des situations, des lieux, des espaces sont saisissantes dans l’enregistrement : « Je suis devenue Tinamer. Il y a quelque chose qui m’émeut beaucoup chez elle. Je pense qu’elle s’ennuie de ce temps où elle vivait dans un monde harmonieux créé par son père. J’ai sangloté lorsque la fillette a découvert le vrai monde, ce fameux “mauvais côté des choses” où il lui était défendu de vivre. Comme elle s’est sentie trahie par le merveilleux mensonge de son père ! »

Sur les feuilles du texte de Johanne Marie Tremblay, des annotations. Des phrases et des groupes de mots entourés. Des émotions apparues à la lecture sont retranscrites, les références aux contes classiques identifiées. Un nuage dessiné pour figurer la douceur de l’instant, un oiseau esquissé lorsque le loriot apparaît, un lapin pour Monsieur Northrop. Autant de délicates précisions pour éclairer le propos, le rendre visible.

Ce travail d’interprétation a profondément marqué la comédienne. Elle a donc accepté avec enthousiasme de proposer, avec Denis Côté, une rencontre en public intitulée : L’amélanchier de Jacques Ferron, un conte merveilleux raconté aux enfants. L’œuvre et son auteur y sont présentés. Le travail d’adaptation devenu création personnelle alterne avec une présentation de l’histoire telle que perçue par la narratrice, ponctuée de lectures d’extraits et de diffusion des illustrations sur écran.

On retrouve également Johanne Marie dans une deuxième proposition d’animation, cette fois en solo : Johanne Marie Tremblay : Ma lecture de L’amélanchier. À travers le personnage principal de L’amélanchier, Tinamer de Portanqueu, Johanne Marie propose une lecture publique à la fois personnelle et narrative.

Ces rencontres s’adressent aux enfants à partir de 8 ans et visent tous les publics. Elles peuvent se dérouler dans les écoles, les bibliothèques, les maisons de la culture et dans toute autre structure. Johanne Marie Tremblay souhaite que L’amélanchier soit découvert, lu et entendu par les jeunes et les plus âgés. En cela son vœu et celui de Denis Côté se rejoignent.

Pour lire « L'amélanchier vu par Denis Côté ».

Sonia Péguin