Rencontre avec Anne Sol

D’emblée, lorsque l’on découvre L’amélanchier, on est saisi par la beauté des illustrations. Anne Sol, photographe et illustratrice française, installée au Québec depuis 2008, s’est vue confier un vaste projet, deux ans après son arrivée à Montréal : illustrer la première adaptation pour la jeunesse d’un grand classique québécois. Cosigné Ferron-Côté, ce texte compte plus de soixante pages… un court roman, en somme, destiné aux enfants et aux amateurs de littérature. Un court roman édité en format album, dans la collection jeunesse «Conter fleurette» de Planète rebelle.

Au long des pages de L'amélanchier, nous découvrons le quotidien de Tinamer de Portanqueu. Cette petite fille vit dans un univers onirique, situé dans son jardin et dans le «bois enchanté». Ici, les arbres parlent, des personnages de conte rendent visite à l’héroïne et Léon de Portanqueu, le papa, a séparé le monde en deux : « le bon et le mauvais côté des choses » !

Toute cette cartographie nous est révélée par le travail d’Anne Sol : les arbres se déploient, les fleurs envahissent le journal de Léon. « Le bon et le mauvais côté des choses » qui caractérise l’histoire prend vie. Les couleurs sont parfois éclatantes, de véritables explosions! On y trouve aussi des ambiances rêveuses et tendres.

L’amélanchier compte 68 pages illuminées par les tableaux d’Anne Sol qui, inspirée, a créé cinq diptyques totalement illustrés où Tinamer de Portanqueu, devenue femme, nous raconte son enfance. Place est donnée au rêve, à ce « bois enchanté », à la découverte du « mauvais côté de choses », à la vue de Montréal depuis la rive Sud.

L’univers d’Anne Sol est onirique. Son travail est réalisé par photomontage. Ses sources spontanées d’inspiration sont l’enfance, les végétaux, les animaux. Anne travaille à partir de ses propres photos qu’elle modifie en juxtaposant des calques. Le résultat est surprenant. Il s’agit d’une véritable invitation au voyage, au rêve. Anne crée des tableaux emprunts de douceur, de sensibilité. L’illustratrice aime jouer sur l’ambiguïté, entremêlant réalité et fiction, ce qui correspond très bien à l’univers de l’enfance. Son médium, la photo, est hyper réaliste, aussi Anne le malaxe, le modifie, pour atteindre un « pays incertain » où le réalisme n’est plus réel et l’imaginaire ne l’est plus tout à fait.

Pour aborder L’amélanchier, Anne Sol a choisi de mettre en pages le texte afin de déterminer la place des illustrations. Où et comment mettre en lumière les propos de Denis Côté, auteur de l’adaptation ? Anne s’est ensuite penchée sur le chemin de fer, cette présentation miniature de l’enchaînement des pages de l’album. Il s’agit en quelque sorte d’un gabarit où le texte et les illustrations esquissées sont placés. Le processus implique d’organiser le livre en parties distinctes et de relever dans chacune d’elles les propos à illustrer.

Une fois ce découpage réalisé, la deuxième étape consiste à décrire chacune des images ainsi que sa place dans le texte. Anne réalise alors des croquis et dresse un portrait global de ses intentions. Plongée dans L’amélanchier, Anne Sol investit l’univers riche de Tinamer. Son choix narratif se centre sur cette petite fille, et sur sa relation avec son père. Instinctivement, l’illustratrice choisit de photographier ses personnages de dos. Elle conserve et prolonge ce parti pris pour Léon de Portanqueu et pour sa femme Etna, dont on ne voit jamais les visages…

En tournant les pages de L’amélanchier, on sent une jubilation, un plaisir intense et poétique, une création qui s’épanouit. Pour l’illustratrice, avoir eu la possibilité de plonger dans le monde des contes fut un véritable bonheur. Elle a donné corps à son Alice, à son Pinocchio. Concevoir ces deux personnages, en veillant à ne pas être influencée par les représentations véhiculées à travers le temps, n’est cependant pas chose aisée.

Il y a une véritable correspondance entre l’univers de Jacques Ferron et celui d’Anne Sol. Deux planètes qui se rejoignent grâce à L’amélanchier qui plonge au cœur de la nature et de l’enfance. Cette adaptation, signée Denis Côté, est pour nous une chance de découvrir des mots, une voix, des images en un fabuleux projet où notre plaisir de lecteur ne peut que se déployer.

Pour lire « L'amélanchier vu par Denis Côté » (auteur de l'adaptation jeunesse du conte de Jacques Ferron), allez dans la section Blogue sur la page d'accueil de ce site, à http://planeterebelle.qc.ca/blog/l-amelanchier-vu-par-denis-cote

Sonia Péguin