Planète rebelle, 15 ans d’audace !

Je suis à la dernière minute pour mes vœux de Nouvel An. Qu’importe, je vous souhaite une très bonne année 2000DOUCE – l’expression est d’un ami, je l’ai adoptée comme thème pour l’année 2012 – PAIX, SÉRÉNITÉ, AMOUR ne sont possibles sans une bonne dose de douceur. Cette année, Planète rebelle fête ses 15 ans.

C’est en 1997 qu’André Lemelin fonda la maison d’édition. Il faut se rappeler qu’André publiait à l’époque la revue STOP, une revue consacrée à la poésie et à la nouvelle littéraire. Il a commencé par éditer des auteurs avec qui il travaillait déjà. Pensons à Stanley Péan, Yannick B. Gélinas, Christine Germain, Marie-Christine Arbour et Jean-Marc Massie.

À la fin des années 1990, on assistait aussi à la redécouverte de l’oralité comme expression artistique, voire comme art de la scène. Je parle de « re » découverte, parce que la tradition orale a été très importante chez les francophones du Canada du début de la Nouvelle-France jusque dans les années 1940. Plusieurs d’entre nous se souviennent encore des veillées entre parents et amis, surtout au temps des Fêtes, où l’on chantait, jouait de la musique et racontait des contes.

À Montréal, dans les bars et petites salles de spectacles, on a assisté à la renaissance d’une prise de parole par des poètes, auteurs, performeurs, et à l’émergence d’artistes qui se disaient conteurs – alors que les vieux conteurs avaient été oubliés par les familles ou relégués aux archives de l’Université Laval. Une exception pour Jocelyn Bérubé qui a porté fin seul le flambeau du conte dans les années 1970 et 1980. Et qui, heureusement, le porte encore ! André Lemelin a été l’un des premiers de ces nouveaux conteurs. Pour témoigner de la créativité de ces artistes qui reprenaient publiquement la parole, par le genre du conte, mais aussi de la poésie ou de la prose performées (spoken word), il a commencé à accompagner les livres d’un CD audio.

En 2002, lorsque je reprenais la direction de la maison d’édition, le conte était foisonnant. J’ai réuni les œuvres des conteurs dans la collection « Paroles », ces petits livres avec CD qui rappellent la pochette d’un disque ou un livret agrandi. Cette collection présente systématiquement la version littéraire des contes, mais aussi la performance orale des auteurs, le plus souvent captée lors d’un spectacle. En 2003, les conteurs m’ont présenté des projets pour enfants, ce fut la création de la collection « Conteur fleurette » qui ne cesse de grandir, la transmission étant l’une des fonctions importantes du conte. Au fil des années, le conte et les conteurs ont joui d’une reconnaissance de plus en plus acquise. Le conte a été désigné par le Conseil des Arts du Canada, instance qui valide les différentes disciplines artistiques, comme de la littérature orale. Les publications se sont diversifiées pour représenter toutes les formes de paroles et tous les rôles de la parole dont je crois que notre société, envahie par l’image, a un besoin fondamental. Nos ancêtres ont sauvegardé leur culture francophone grâce à la tradition orale. Aujourd’hui, l’enjeu est de sauvegarder la part de l’humain en chacun de nous. Cet humain aussi vieux que l’Humanité et le conte.

Marie-Fleurette Beaudoin, éditrice, janvier 2012.
 

Section: