MOTS DOUX POUR ENDORMIR LA NUIT Images poétiques pour un oreiller

Pour moi, la poésie destinée aux jeunes ne se résume pas à un jeu de phonétique clôturant des phrases plus ou moins rythmées. C’est hélas trop souvent le cas en littérature de jeunesse, et le résultat n’est pas à la hauteur de l’intelligence et de la sensibilité des enfants. Le résultat de cette façon de faire est désolant : on éloigne les jeunes de la poésie en appelant ainsi ce qui s’apparente bien plus à un exercice ludique qu’à une découverte de la richesse de l’utilisation des mots et des images qu’elles peuvent évoquer. Ce n’est pas parce que le mot « jeunesse » est présent que le sens de « littérature » doit être mis de côté ou infantilisé. Que certains livres, certains textes soient spécifiquement destinés à des enfants est une chose. Que l’on assimile tout ce qui est écrit en littérature pour la jeunesse à une conception « enfantine » est une autre chose.

L’image poétique puise sa force dans un regard autre que celui nourri de logique et de rationalité. Il ne s’agit pas pour moi, lorsque j’écris, de me plier à certaines visions réductrices de l’enfant. Encore moins de répondre à des critères d’ordre pédagogique. Ce qui m’importe, c’est bien plus d’être en lien avec cet espace de sensibilité qui ignore les groupes d’âge et se fonde sur un rapport à l’enfance et à ses univers. Peut-être faut-il être encore conscient d’une nécessaire part d’enfance en soi pour y parvenir. C’est probablement là l’une des forces de l’écriture lorsque, tout en étant accessible à l’enfant, elle peut également toucher l’adulte. Voilà pourquoi je crois qu’il n’y a pas une littérature ou un type de poésie spécifiques aux enfants. Il y a la poésie. Il y a l’écriture. Un point, c’est tout.

Ce livre et tout son espace poétique prennent leur ampleur non seulement par les mots, mais aussi, et surtout, par la richesse de l’univers pictural proposé par Marion Arbona, l’illustratrice. Son talent à mettre en images des univers porteurs de leur propre poésie ouvre chaque texte vers un ailleurs onirique propice à toutes les rêveries. Lorsque vient s’ajouter à cela toute la poésie musicale d’Étienne Loranger, pleine de douceur, accompagnant la parole avec justesse, comment ne pas être comblé comme auteur ?

 

Jacques Pasquet
 

Section: