Mot des Filles électriques

Depuis 2007, nous organisons l’événement Les Indispensables, une soirée-bénéfice qui rend hommage aux adjointes de hauts dirigeants d’entreprises et qui nous permet de recueillir des fonds pour nos projets de création littéraire avec les femmes en difficulté. 

Ce livre est notre quatrième publication, le deuxième de la collection « Traces » et, encore une fois, nous avons réussi à donner place à des voix différentes. Chaque projet est une aventure avec ses enjeux, ses questionnements, ses difficultés. Le projet Agir par l’imaginaire existait bien avant que j’aie envie de faire ce livre. J’ai eu la chance d’y collaborer en tant qu’artiste et ai donné deux ateliers à la prison pour femmes de Joliette et au centre de détention Tanguay. J’ai été éblouie par la richesse de ce processus créatif et bouleversée par ma rencontre avec les femmes dans mes ateliers.

Ce qui me frappe depuis que nous travaillons avec des femmes dites « en difficulté », c’est à quel point je me sens proche d’elles. Je les sens tout comme moi passionnées, impatientes, impétueuses. Parfois j’ai l’impression qu’elles n’ont tout simplement pas trouvé le lieu pour canaliser leur énergie et leur talent. La société n’est pas tellement intéressée par l’intensité et la différence. Et pour être bien franche, j’ai parfois ce sentiment que si je n’étais pas devenue une artiste, peut-être serais-je devenue moi aussi une « femme en difficulté ».

Toutes ces femmes  rencontrées, je les aime et je m’inquiète pour elles car je constate qu’il n’y a pas beaucoup de ressources, pas beaucoup de possibilités pour les personnes différentes. J’espère que ce livre saura vous toucher, mais aussi vous sensibiliser à certaines réalités qui nous échappent et qui pourtant sont juste à côté de nous.

Il y a quatre ans, lorsque j’ai lancé ce vaste projet que j’appelais « les mots appartiennent à tous et à toutes », j’y suis allée à l’instinct. Je ne savais pas vraiment ce que je cherchais et je ne voulais justement pas le savoir. Je souhaitais plutôt que ça émerge de la réalité des femmes avec qui on allait travailler, des différentes maisons d’hébergement, des intervenantes, des artistes impliquées. Je savais que pour réaliser un projet significatif, il faut travailler de manière organique et que le chemin ne se fait pas en ligne droite. Et par-dessus tout, ce qui compte, c’est la rencontre. Je vous souhaite une rencontre marquante avec une cinquantaine de femmes merveilleuses, créatrices, vivantes, j’oserais presque dire… des filles électriques !

D. Kimm, directrice artistique, Les Filles électriques