Le conte : témoin du temps, observateur du présent

"Le conte est d’une longue tradition de parole et de mémoire humaines. Patrimoine immatériel, patrimoine vivant, il est témoin du temps, il est observateur du présent. Aujourd’hui où tant d’autres moyens et valeurs accompagnent l’humain dans sa destinée, quels sont encore la place du conte et son rôle à jouer ? Les réponses qu’il propose, les questions qu’il soulève, sont-elles d’actualité? Fragile et éternel, éphémère et tenace : est-il si important ? Qu’a-t-il à apporter ? Comment se porte-t-il ? Quelle est encore sa portée ?

S’interrogeant sur la présence et la pertinence du conte contemporain, Le conte : témoin du temps, observateur du présent rassemble les principales réponses et réflexions entendues lors de la Rencontre internationale de Sherbrooke, organisée conjointement par Productions Littorale et le Centre méditerranéen de littérature orale (CMLO) et tenue à l’Université de Sherbrooke, les 16, 17 et 18 octobre 2009. La rencontre réunissait conteurs et spécialistes du conte, tels que Marc Aubaret, Jocelyn Bérubé, Robert Bouthillier, Mike Burns, Jihad Darwiche, Jacques Falquet, Michel Hindenoch,Vivian Labrie, Micheline Lanctôt, Regina Machado, Christian-Marie Pons, Dominique Renaud, Regina Sommer, Fabienne der Stépanian, Joujou Turenne et Dan Yashinsky.

Au cœur de cette rencontre de Sherbrooke, la proposition générale a été de centrer réflexions et échanges « sur l’état actuel du conte et de sa pratique », d’interroger, afin de mieux préciser ou définir les raisons d’être de la parole conteuse aujourd’hui, les conditions actuelles de sa pratique et les perspectives de sa persistance, pour conclure, à partir d’un bilan ou d’un « état présent » du conte, à l’inscription de possibles suites à donner à cette rencontre.

1. Le conte a ses raisons d’être
On peut attribuer au conte une nature spécifique et des fonctions originelles en s’appuyant sur la très longue tradition de son existence – on peut rappeler quelles sont ces raisons d’être initiales, mais les réinterroger : en quoi ces raisons d’être sont-elles toujours de mise aujourd’hui ; ces raisons d’être, fondamentales ou relatives, doivent-elles, pour subsister, s’ajuster à la réalité contemporaine ; y a-t-il de nouvelles raisons d’être du conte face à notre contemporanéité ?

2. La pratique et les conditions actuelles
Par tradition, le conte possède ses propres modes et lieux d’expression, qu’on distingue souvent de la littérature et du théâtre, et auxquels on attribue des valeurs spécifiques (proximité, intimité, imaginaire, etc.). En quoi, concrètement, cette pratique caractérisée peut-elle se maintenir / doit-elle être maintenue dans le contexte actuel des habitudes culturelles ? Ou, au contraire, doit-il y avoir adaptations, mutations, voire concessions de cette tradition à la modernité, comme gage d’intégration et d’existence de la parole conteuse pour être entendue aujourd’hui ?

3. Perspectives
Les deux points précédents (raisons d’être et conditions) devraient permettre de dresser une forme d’« état présent » du conte. Ce point-ci pourrait se pencher sur la suite du monde… et interroger l’avenir du conte, tant sur le plan de ses raisons d’être que sur celui des conditions de sa pratique, sur les motifs et les manières du conte à demeurer une pratique vivante. Pourquoi et comment continuer à conter ?

4. Le conte en question
Le dernier après-midi de la rencontre a pris la forme d’une table ouverte, alimentée par les trois demi-journées précédentes (en d’autres lieux plus officiels, on parlerait de séance plénière concluant trois tables sectorielles). Cet après-midi a été une occasion de synthèse et de complément, un temps de propositions et de « suites à donner » à la rencontre.

Ces quatre tables rondes, et en autant de demi-journées consacrées à chacune de ces questions, ont réuni une soixantaine de participants. Un invité particulier : Marc Aubaret, ethnologue et directeur, depuis 1994, du CMLO, Centre méditerranéen de littérature orale, à Alès, en France. C’est en partenariat avec ce centre de ressources interdisciplinaire autour de la littérature orale et les Productions Littorale, de Sherbrooke, que la rencontre a été organisée. Outre la conférence d’ouverture qu’il avait prononcée la veille, Marc Aubaret a été présent à chacune des tables de ces deux jours ; comme observateur et témoin, il a assumé, avec la même vigilance de synthèse et de précision, la poursuite du fil de parole et de réflexion.

Les intervenants invités à chacune de ces tables, des conteurs principalement, et des spécialistes, des acteurs du milieu du conte, provenaient du Québec (Robert Bouthillier, Mike Burns, Jocelyn Bérubé, Jacques Falquet, Vivian Labrie, Christian-Marie Pons, Dominique Renaud et Joujou Turenne), d’Ontario (Dan Yashinsky), d’Allemagne (Regina Sommer), du Brésil (Regina Machado) et de France (Jihad Darwiche, Michel Hindenoch et Fabienne der Stépanian).

Les pages qui suivent rendent compte de cette rencontre interrogeant la présence et la pertinence du conte aujourd’hui. Deux constats majeurs se dressent à l’issue de ces deux jours : au cœur de notre modernité et de ses mutations bouleversantes, le conte a toujours droit et devoir de parole bien au delà des nostalgies du bon vieux temps, mais il est lui-même sujet aux mouvements et doit impérativement en tenir compte et se définir au sein de ce qui fonde notre contemporanéité, condition de sa survivance, et sa vivacité est nécessaire."

Christian-Marie Pons, Introduction, Le conte : témoin du temps, observateur du présent
 

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