« L’amélanchier » vu par Denis Côté

Le 30 mars 2011, Planète rebelle publiera la première adaptation jeunesse d’un classique de la littérature québécoise, L’amélanchier de Jacques Ferron. Trois grands noms de l’écriture, de l’illustration et du théâtre servent cette œuvre majeure et fantasque : Denis Côté pour l’adaptation, Anne Sol pour les illustrations et Johanne Marie Tremblay pour la narration.

Denis Côté signe ici son quarantième livre destiné à la jeunesse. Singularité de ce projet, il s’agit de l’adaptation pour enfants d’un texte essentiel de la littérature québécoise. L’amélanchier raconte l’enfance fabuleuse de Tinamer de Portanqueu qui, devenue adulte, plonge un regard sensible et nostalgique sur ses premières années, vécues dans un univers privilégié emprunt de nature et d’onirisme.

Au cours d’un entretien passionnant réalisé lors de la préparation de la sortie du livre, Denis Côté nous révèle la genèse de cette aventure. Il parle de sa découverte de Ferron et de son œuvre. Il confie plus particulièrement son désir de rendre accessible au plus grand nombre ce texte foisonnant.

« Je suis étonné d’avoir été opiniâtre à ce point-là ! » s’exclame Denis Côté lorsqu’il considère le temps écoulé depuis la naissance du projet. Il a fallu six années pour que se réalise le long processus d’appropriation, de réécriture et enfin pour que la publication voie le jour.

Denis Côté découvre Ferron
« Un coup de foudre, une révolution », voici les mots que Denis Côté utilise pour décrire ce qu’a provoqué chez lui la découverte de Jacques Ferron, au début des années 1970, lors d’une émission de télévision, sur Radio-Canada. Denis Côté était âgé de 18 ans à l’époque, il ne connaissait pas encore cet important auteur, cet « homme qui portait en lui l’âme et les racines du Québec ».

Cette émission a permis à Denis Côté d’aborder le monde d’une manière différente : « Pour moi, les gens qui tenaient des propos révolutionnaires dans les domaines sociaux et politiques étaient des jeunes assez agités qui bramaient beaucoup et qui prenaient la parole en utilisant des mots cinglants. Pour la première fois, j’entendais un verbe révolutionnaire dans la bouche d’un homme qui me semblait âgé, un homme respectable. Je n’avais jamais entendu quelqu’un s’exprimer avec autant de force et de conviction, en usant de mots calmes et doux. »

Touché au cœur par cette prestance, Denis Côté a découvert l’œuvre de cet écrivain engagé, profondément implanté dans l’histoire et la réalité du Québec, cet homme qui rend hommage à travers ses contes et ses romans à la tradition orale.

Denis Côté a lu, relu L’amélanchier. Plus tard, il a intégré l’étude de cette œuvre dans le programme de son cours de cégep. Selon Denis Côté, l’écriture complexe et riche de Ferron n’encourageait pas les jeunes à aborder spontanément une telle lecture. De plus, selon lui, les lecteurs s’intéressent davantage aux nouvelles publications et n’embrassent que rarement les propositions qu’offrent les classiques de la littérature québécoise. Il remarque également que dans différents pays, les écrits des auteurs majeurs sont publiés en versions abrégées destinées à la jeunesse. Jusqu’à ce jour, cette pratique n’est pas répandue au Québec. Les classiques de la littérature québécoise n’atteignent pas encore le jeune public.

L’objectif de Denis Côté est de faire connaître L’amélanchier. Pour lui, il s’agit d’accomplir une première pour que d’autres textes québécois soient adaptés en version abrégée. « J’aimerais qu’on reconnaisse que nous avons des classiques et que ça vaut la peine de les adapter pour les jeunes. Ils auront l’oreille familiarisée à ces œuvres-là et pourront dire “Ça existe, Jacques Ferron !” »

L’adaptation : « Il a fallu que je me détache de mon respect pour les mots de Ferron. »
C’est dans cet état d’esprit que Denis Côté a abordé l’adaptation de L’amélanchier. Le projet était complexe. Le travail d’adaptation a duré longtemps. « Cette idée me semblait irréalisable… mais s’adresser aux enfants répondait à mes aspirations. Je devais simplifier l’œuvre, la rendre accessible et cela m’autorisait à modeler le texte à ma façon. » Finalement, toutes ces étapes lui ont permis d’intégrer le texte, de s’en emparer et d’entrer dans un véritable processus de création personnelle. L’auteur-adaptateur craignait de commettre « un sacrilège » en modifiant les mots de Ferron.

Pour cet auteur de livres destinés à la jeunesse, enseignant en littérature, il était clair qu’adapter l’œuvre signifiait la structurer autrement, recentrer le récit uniquement autour de l’héroïne, Tinamer de Portanqueu, autour de son univers : la maison, le jardin et le bois enchanté. Des choix ont dû être faits, comme celui de ne pas mentionner le petit garçon aveugle de l’hôpital, récit présent dans la version originale. Denis Côté a également choisi d’aborder le texte de manière chronologique, d’utiliser un style direct, de faciliter aussi une lecture visuelle claire et abordable.

À force de travail et de passion, le texte de Jacques Ferron est devenu un court roman. Denis Côté a confié cet ouvrage accompli aux éditions Planète rebelle. Quelques jours séparent encore l’auteur de la sortie en librairie, annoncée le 30 mars 2011. Cette nouvelle étape augure de nouveaux prolongements pour L’amélanchier, que nous vous invitons à découvrir sur notre blogue. À suivre !

Sonia Péguin