Jocelyn Bérubé, le conteur artisan

Jocelyn Bérubé nous a confié, lors d’un entretien touchant et chaleureux, la genèse du conte La princesse en sabots que nous vous offrons en cadeau pour ce temps des Fêtes. Inspiré par le souvenir de sa grand-mère et par une rencontre marquante, le conteur artisan a créé ce conte il y a une trentaine d’années. Jocelyn a généreusement répondu à la proposition de Planète rebelle d’offrir un conte de Noël à ses lecteurs. La princesse en sabots a été mis en musique par notre collaborateur de toujours, le concepteur et musicien Étienne Loranger.

En ce soir de 23 décembre 1982, dans un petit logement de l’est de Montréal, Noël ne s’annonçait pas joyeux. Cette année-là, la crise économique avait fait ses ravages et ratissait très large dans la vie de Jean-Joseph. Bien sûr, le sapin traditionnel trônait fièrement dans un coin du salon double avec ses lumières et ses ornements, dont les deux petits sabots de bois que Jean-Joseph avait lui-même sculptés à la main et offerts en présent, il y a déjà plusieurs années, à sa fille Marie quand elle fut en âge de marcher... Mais un enfant, ça pousse, ça grandit et ils faisaient maintenant partie du rituel des décorations de l’arbre de Noël.

Assis au pied du lit de sa petite fille, Jean-Joseph terminait ce soir-là de lui raconter, comme à l’accoutumée, un de ses contes préférés, histoire de princesses et de fées. Mais en plus, il avait à lui lire la réponse à la lettre qu’elle avait écrite au père Noël pour lui demander une poupée qui parle. La lettre disait : …

Écoutez la version MP3 inédite de La princesse en sabots, de Jocelyn Bérubé.

Au début des années 1980, Jocelyn Bérubé répétait dans un atelier, situé à Montréal, sur la rue Saint-André à l’angle de la rue Ontario. Dans ce lieu, il se livrait aussi à son autre passion : la sculpture sur bois. D’autres artisans avaient également leur atelier dans ce bloc. Parmi eux, un ébéniste avec lequel Jocelyn avait tissé une amitié basée sur « une affinité du bois ». Une sorte de troc s’était instauré entre eux : contre des revues américaines sur l’ébénisterie, Jocelyn se voyait offrir du bois, des planches, matières premières de son travail de sculpture.

Cela peut semblait paisible et harmonieux… mais ces années étaient bien sombres. L’élan indépendantiste québécois chargé d’espoir des années 1970 était brisé, la blessure du référendum manqué était vive, une atmosphère déprimante régnait dans un contexte de crise économique. Les artisans faisaient faillite les uns après les autres. Il n’y avait pas beaucoup de perspectives dans ces « années de misère », les artistes, les artisans « crevaient de faim ». L’ébéniste avec qui Jocelyn échangeait du bois contre des revues n’a pas connu de meilleur sort, il fit faillite, quitta les lieux, Jocelyn ne l’a jamais revu.

Jocelyn Bérubé souligne qu’un conte de Noël finit toujours bien et doit apporter chaleur, espoir et amour. Ces mots, qui lui sont chers, sont ceux que porte l’esprit de Noël, et Jocelyn de renchérir au sujet de cette fête, religieuse avant d’être une affaire mercantile… avant « l’indigestion de magasins », l’invasion des pères Noël, « l’endettement, et toutes ces folies épouvantables ». Ce temps des fêtes d’une semaine s’inscrit dans un cycle de traditions, de partage et d’amitié. Voici venu le temps d’aller vers les autres, de parler, d’écouter. Ces échanges n’ont pas de prix pour le conteur.

Jocelyn Bérubé vous souhaite de puiser la force et le réconfort dans la chaleur des Fêtes de fin d’année. Laissez-vous porter par la parole vivante, ce baume offert, cette année, par Jocelyn Bérubé, le conteur artisan.

 

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