Entrevue avec Renée Robitaille

Le chant des os est une fresque fascinante de densité et d’intensité où les personnages sont autant de pigments composant une œuvre dont la lecture, l’écoute et le spectacle bouleversent et ébranlent le public. Comment cette aventure dans le Moyen-Nord québécois a-t-elle débuté?

Toute petite, j’ai rêvé de la Baie-James, car j’avais des oncles et une tante qui avaient rapporté des photos de camions géants, gros comme des maisons. Après avoir tourné avec les Hommes de pioche, mon spectacle sur les mineurs de l’Abitibi, j’ai tout naturellement eu l’envie de me rendre à la Baie-James, pour y rencontrer les Blancs et les autochtones qui habitent ce territoire. Avec une bourse du Conseil des arts et des lettres du Québec, j’ai obtenu le financement nécessaire pour me rendre en Jamésie.

Avant de partir, j’ai contacté le cinéaste Benoît Pilon qui avait déjà tourné là-bas et qui m’a fourni trois précieuses adresses à Radisson. Il ne me restait plus qu’à me débrouiller une fois sur place. J’ai atterri dans le tumulte de la chasse au caribou. Il y en avait des dizaines de milliers sur le territoire. J’étais entourée de chasseurs. Il n’y a pas à dire, j’étais dans le bain.

 

Le temps a filé depuis la création d’Hommes de pioches. Que s’est-il passé dans la carrière de la conteuse et de l’auteure Renée Robitaille pendant ces cinq années ?

Nous avons beaucoup, beaucoup tourné avec les Hommes de pioche, pendant près de trois ans, ça ne dérougissait pas. Nous avons même présenté ce spectacle en Russie, au Congo, en Arménie, en Suisse, en France et bientôt en Belgique, car nous continuons de le tourner encore. Entre les spectacles, j’écrivais des albums pour la jeunesse, j’ai publié un recueil de poésie pour petites oreilles, j’ai accouché de mon troisième enfant et j’ai pris soin de mes poules et de mes canards à la campagne.

 

Le collectage reste une source d’inspiration et représente une grande étape dans la conception d’un nouveau spectacle. Le récit de vie est même devenu un « genre », une spécialité.

En ce qui me concerne, la cueillette des récits est l’étape fondamentale de mes créations. J’aime m’asseoir avec les gens, les écouter avec une grande oreille, leur offrir un moment où ils peuvent parler librement et se raconter véritablement. J’enregistre toujours mes rencontres, histoire de retrouver les expressions exactes, les hésitations, le parler, la couleur du personnage.

Quand j’offre une formation sur les récits de vie, on essaie, entre autres, de trouver le bon chemin pour amener la personne à se raconter véritablement. C’est si facile de poser des questions qui ne nous autorisent qu’à en rester à la surface des choses, alors qu’une vraie bonne question devrait nous inviter à la profondeur. En fait, les meilleures questions sont souvent silencieuses…

 

Ton travail de conteuse est reconnu, différents albums jeunesse ont été publiés en plus des livres avec CD ; on considère à juste titre que tu es une auteure confirmée. Quelle place occupe l’écriture dans ta vie ?

J’aimerais avoir plus de temps pour écrire. Si c’était le cas, c’est avec bonheur que je publierais deux ou trois livres par année, mais avec trois enfants et une carrière de conteuse, je dois être patiente. Peut-être que quand je serai très vieille, j’écrirai autant que je le souhaite…

 

Longtemps le qualificatif « jeune » a précédé ton nom. La conteuse Renée Robitaille pratique son art depuis bientôt 15 ans. Quel regard poses-tu sur ce parcours ?

J’ai eu la chance de plonger dans le conte au moment où tout était possible. J’ai très vite eu la reconnaissance du public et des festivals, même celle de la maison d’édition Planète rebelle. C’est vrai que j’étais jeune et que j’apprenais mon métier sur le tas. Si certaines gens me trouvent encore jeune quinze années plus tard, j’accueille cela assurément comme un compliment, malgré mes cheveux blancs.

 

Peux-tu nous rappeler les dates et noms de toutes tes créations littéraires et discographiques depuis tes débuts ?

Contes coquins pour oreilles folichonnes, Planète rebelle, livre avec CD (2000)

Carnet d’une jeune conteuse. Un regard sur l’imaginaire, Planète rebelle, essai (2003)

Gourmandises et diableries, Planète rebelle, illustrations de Éloïse Brodeur, album avec CD (2003)

La Désilet s’est fait engrosser par un lièvre. Le temps des semailles, Planète rebelle, livre avec CD (2004)

Hommes de pioche, Planète rebelle, livre avec CD (2009)

Le camion de pépites, Bayard Canada jeunesse, illustrations de Caroline Hamel (2010)

Quand je tousse, j’ai des poils qui poussent, Planète rebelle, recueil avec CD, illustrations de Marie-Pierre Normand (2010) – prix Lux illustration livre pour enfants 2011

La soupe aux muscles, Bayard Canada jeunesse, illustrations de Caroline Hamel (2011)

Le temps des semailles, CD en coédition Oui’Dire, France et Planète rebelle, Québec (2011) – prix du public La Plume de Paon 2012, catégorie « contemporain »

Le chant des os, Planète rebelle, livre avec CD (2012)

 

Comment se crée et se vit une complicité musicale comme celle qui te lie au compositeur et musicien Étienne Loranger ? Quelle est la place pour la musique, pour le langage musical dans ton travail ?

Étienne Loranger est mon complice depuis mes débuts dans le conte, il est aussi mon conjoint et le père de mes enfants. Ses univers musicaux, ses créations sonores me transportent ailleurs, me fournissent un paysage et un rythme sur scène. Lorsque nous ne présentons pas les spectacles en duo, la musique est tout de même là, dans ma tête, comme le bourdonnement d’une abeille accompagnante. Je ne suis jamais seule sur scène.

 

Quelles sont tes aspirations ou la direction vers laquelle tu souhaites évoluer dans ton expression artistique ?

Je n’ai pas une idée précise de la direction vers laquelle je souhaite me diriger. J’évolue doucement, au rythme de mes enfants et de mon chemin de vie. Les surprises que me réserve la route ne manqueront pas de me fournir une multitude d’idées de création.

 

 

Propos confiés après le tourbillon de deux tournées, en France et en Abitibi, mai 2012.

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