En action

Il est difficile d’imaginer un contrat plus formateur que celui de développer et de coordonner un projet de l’envergure d’Agir par l’imaginaire. La liste des défis est longue, mais une chose est certaine : mon manque d’expérience m’a bien servie, car si j’avais su l’aventure qui m’attendait!…

Travailler en collaboration. Arriver à un consentement. Négocier entre organismes partenaires dont les visions sont similaires, mais les démarches si différentes. Monter un budget qui soit réaliste et acceptable. Trouver des fonds pour subventionner la création artistique en prison, alors que les politiques conservatrices s’orientent de plus en plus vers la punition et la répression des personnes judiciarisées. Solliciter des fondations et des compagnies en les persuadant qu’il est « profitable » d’associer leur image à des femmes en prison ! Convaincre des artistes, déjà surchargés, que « Joliette, c’est pas si loin » et qu’on viendra les chercher et les reconduire, sans oublier un lunch pour la route ! Envoyer tous les formulaires dans les délais. Réussir à faire passer un appareil photo dans une prison fédérale, alors qu’il n’apparaît subitement plus sur la liste de matériel. Franchir l’entrée alors qu’une des artistes a oublié sa pièce d’identité à soixante kilomètres de l’établissement. Capter l’intérêt d’une participante, sachant que le matin même, une décision de la Cour lui faisait perdre la garde de son plus jeune enfant. Accepter qu’on soit à la merci du personnel correctionnel présent et rester diplomate dans ses interventions et ses demandes. S’occuper du café. S’assurer que personne ne soit allergique aux collations. Désamorcer les tensions dans le groupe. Entendre des histoires difficiles. Dire la bonne chose au bon moment. Être spontanée sans blesser. Reconnaître ses erreurs et en reparler pour réparer les torts. Se remettre en question. Faire preuve de souplesse. Éviter l’épuisement professionnel. Et j’en passe !

Évidemment, on ne parvient pas toujours à faire cela comme il le « faudrait ». Mais l’important dans cette aventure, n’est-ce pas les liens qui se tissent entre nous, femmes, artistes et organisatrices ? La collaboration artistique est une expérience humaine unique et exigeante. Nous avons vécu des hauts et survécu aux bas, emprunté la gauche pour aboutir finalement à droite. Merci de vous être jointes à moi dans ce périple dont j’ai savouré chaque instant !

Aleksandra Zajko
Agente de développement à la Société Elizabeth Fry du Québec
Coresponsable du projet Agir par l’imaginaire
 

Section: