C’était la deuxième fois, au cours du même printemps, que le père Gendron ensemençait son champ. « Ç’a point une miette de bon sens que ce champ-là lève point », se disait-il. En trente ans, ça ne lui était encore jamais arrivé ! Lui qui avait l’une des plus belles terres du comté ! Une terre limoneuse et sablonneuse, dont il prenait un soin extrême ! Là, il se retrouvait au beau milieu de son champ où plus rien poussait pantoute ! Ça…, ça le mettait bien à boute !
Il était allé trouver le meunier pour lui tomber dans la face, lui dire que les semences qu’il lui avait vendues ne valaient pas de la chnoutte et que, par sa faute, il devait encore une fois recommencer les semailles ! Mais le meunier de lui répondre :
— Voyons, le père Gendron ! Les semences que je vous ai vendues, c’est les meilleures de tout le comté ! Pis, à part ça, elles sont du même lot que ce que j’ai vendu à vos voisins ; pis leur champ est déjà haut de même. Le père Gendron, venez pas chercher le trouble où y’en a pas !
Voilà le père Gendron qui repart avec un nouveau sac de bonnes semences sur son épaule et qui se promet bien que là..., ça allait pousser !
Les histoires de Lucie Bisson nous emmènent souvent sur les rives du Saint-Laurent, mais elles nous entraînent aussi parfois au-delà, dans l’arrière-pays, là où les eaux sont bénites ou puisées à même le ruisseau avant que le soleil de Pâques ne vienne s’imposer à la nuit ! Ce sont des histoires de son cru qu’elle offre en hommage à tous ces gens de ses souvenances, à tous ces lieux de son enfance et à tous ces mots d’argot qui viennent parfois si joliment endimancher les histoires..., nos histoires !
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